À Port-Choiseul, les habitants racontent leur pays par l’assiette
Dimanche 6 septembre, la troisième édition du «Tour du monde en 1 jour» a réuni à Port-Choiseul des cuisines du monde entier, présentées par des habitants de la région.

À la Grève nautique, la plupart des personnes installées derrière les tables ne sont pas des professionnelles de la restauration. Elles habitent la région et ont choisi un plat pour parler de leur pays, de leur famille ou d’un projet. Dimanche 6 septembre, la troisième édition du «Tour du monde en 1 jour» a ainsi réuni à Port-Choiseul des cuisines afghane, yéménite, chinoise, italienne, béninoise, togolaise, mexicaine, et bien d’autres.
Les visiteurs observent les plats, interrogent les personnes qui les ont préparés, hésitent parfois devant un ingrédient inconnu, puis goûtent. La manifestation, organisée par Le Rado avec le soutien de la Ville de Versoix, ne repose pas sur des pavillons officiels. Après les éditions de 2023 et 2025, elle laisse une nouvelle fois les habitantes et habitants décider eux-mêmes de ce qu’ils souhaitent montrer de leur pays.
Ce que l’on choisit de présenter
Au stand afghan, Fawzia sert du riz kabouli. Elle en explique la composition et la préparation aux visiteurs qui découvrent ce plat à base de riz, de viande, de carottes et de raisins secs. Son choix montre une cuisine familiale que beaucoup ne connaissent pas encore.

Quelques mètres plus loin, Soaad présente plusieurs préparations yéménites associant notamment pâte, viande ou miel. «Je suis fière de montrer la cuisine du Yémen», explique cette habitante de Versoix.
Son stand permet de parler du pays autrement que par la guerre et la crise humanitaire. Sans les ignorer, Soaad choisit de présenter une autre réalité : celle des recettes préparées à la maison et transmises entre les générations.

À la table mexicaine, Marissa confectionne des tetelas avec de la farine de maïs jaune ou bleu. Ces galettes triangulaires sont garnies de fromage, d’épinards ou de poulet.
«Je suis là pour partager ma culture et montrer la gastronomie mexicaine», explique-t-elle. Elle tient surtout à corriger une représentation trop étroite de son pays : «Le Mexique est très grand. Chaque région a sa propre gastronomie. Nous n’avons pas seulement des tacos, nous avons beaucoup de plats.»

La culture chinoise au-delà des rouleaux de printemps
Du côté de la Chine, le riz sauté au poulet et les rouleaux de printemps préparés par Xiao Ling et Zhang Li attirent les visiteurs. Mais le repas ne constitue qu’une partie de la présentation. Arie Rozen, membre de Chinese Tradition, Culture & Custom Studies Association, veut «faire connaître un peu la culture chinoise à tout le monde dans la commune».

Présent dès le matin, Arie Rozen a installé les tables et les bancs, puis aidé sa femme à disposer les plats. Un concert de guzheng, instrument traditionnel chinois à cordes, ainsi que des ateliers de peinture et de calligraphie complètent le programme.
Cinq pays réunis sur un même stand
Un autre stand rassemble l’Italie, le Bénin, la Tanzanie, le Togo et le Pérou. Les préparations sont proposées par un groupe accompagné par des travailleurs sociaux hors murs.
Delcia a choisi le tiramisu pour représenter l’Italie. Le dessert est connu, mais elle en présente sa propre préparation et la dimension familiale. Son intervention rappelle qu’une recette largement diffusée peut varier selon les habitudes et les histoires de celles et ceux qui la préparent.

Originaire du Togo, Banota ne se limite pas à la cuisine de son pays. Elle présente des spécialités de plusieurs régions africaines et souligne ainsi la diversité culinaire d’un continent encore trop souvent traité comme un ensemble uniforme.

À ses côtés, Madyson représente le Bénin avec ses deux sœurs. Elles ont préparé de l’amiwo, une pâte à base de farine de maïs et de tomate servie avec du poulet et différentes sauces. La vente doit contribuer au financement d’un projet destiné à de jeunes femmes au Bénin.
«On est fières et très heureuses de pouvoir aussi goûter la culture des autres pays», souligne Madyson. Elle constate également que les cuisines béninoise et togolaise restent difficiles à trouver dans la région genevoise.

Aucun prix ne vient désigner le meilleur plat et aucun pays ne cherche à présenter une cuisine exhaustive. L’intérêt de la journée se joue plutôt dans les explications échangées avant la dégustation. À Port-Choiseul, ce sont les personnes concernées qui choisissent ce qu’elles souhaitent raconter de leur pays — et ce qu’elles veulent opposer aux clichés.
