« La Versoix est une rivière qui mérite vraiment qu’on se préoccupe d’elle »

Maxime Prevedello au bord de la Versoix avec une truite dans son épuisette
Maxime Prevedello.

Maxime Prevedello est président de la commission de la pêche à Genève, organe consultatif qui conseille le Département du territoire (DT) et son service de l’aménagement des eaux et de la pêche (SAEP) sur la gestion de la pêche dans le canton. Représentant des pêcheurs, il observe la Versoix au quotidien. Entretien sur l’état d’une rivière « peut-être la dernière du bassin genevois à se porter pas trop mal » — mais sous tension croissante.

Selon vous, comment se porte la Versoix aujourd’hui ?
Maxime Prevedello : « C’est peut-être la dernière rivière du bassin genevois qui se porte pas trop mal. Elle a le gros avantage d’avoir un cordon boisé sur pratiquement tout son parcours, et donc des eaux très fraîches, même en été. Elle est particulièrement favorable aux salmonidés, la truite et l’ombre, les deux poissons recherchés par les pêcheurs.

Mais c’est nuancé : elle subit les problématiques liées au développement urbain démentiel du Pays de Gex. On est inquiets, notamment par les rejets de la station d’épuration de Divonne, qui n’amène pas de l’eau potable dans la rivière. Et depuis une vingtaine d’années, les débits d’étiage estivaux sont de plus en plus faibles. En 2022, on est descendu à 650 litres par seconde, ce qui est très peu pour la Versoix. C’est une rivière qui mérite vraiment qu’on se préoccupe d’elle. »

Quel regard portez-vous sur le rapport remis par Stop Embouteillage et l’hydrogéologue Daniel Devred sur la carrière de Vesancy ?
« Ça veut dire qu’on est en train de déterrer les erreurs du passé. Cette décharge, c’était une ancienne carrière qui n’a plus vraiment été surveillée pendant quelques années, et il y a eu des enfouissements de matières qui n’étaient pas contrôlées. C’est ça qui fait peur. On voudrait les recouvrir de terre végétale pour cacher un peu la misère. Mais « inerte » ne veut pas dire « pas dangereux pour l’environnement ». S’il y a de l’amiante, des métaux lourds comme le cuivre ou le zinc, tout cela peut altérer la qualité de cette rivière qui, je le redis, est peut-être la dernière du bassin genevois à abriter encore des populations piscicoles intéressantes — pas seulement pour la pêche, mais pour la biodiversité. »

Et le projet de décharge des Tattes-de-Bogis ?
« Sur Vesancy, on essaye de réparer. Sur les Tattes-de-Bogis, on essaye d’empêcher qu’on enfouisse de nouveaux déchets. Vu l’état du terrain — un terrain en pente —, tout va s’écouler en direction de la rivière. Si ce projet aboutit, on est extrêmement inquiets. Le Grand Genève dont on se gargarise depuis quelques années n’est pas capable de trouver des solutions à ces déchets de chantier. La solution, c’est de les valoriser, de les recycler. Pas de tout mettre en décharge. »

Le canton de Genève confirme la présence de PFOS toute l’année dans la Versoix. Est-ce que cela vous inquiète ?
« C’est une actualité brûlante. La Fédération Suisse de Pêche s’est saisie de la question lors de son Assemblée générale du 2 mai dernier et a préparé un document à l’intention des fédérations cantonales pour qu’elles incitent les gouvernements à prendre cette problématique à bras-le-corps, par des analyses sérieuses. On fait confiance à la science. Pour les pêcheurs en rivière, la consommation des captures reste faible — souvent on relâche nos captures, ou on en garde quelques-unes par année. La problématique aiguë concerne les poissons du lac Léman, où l’on retrouve déjà dans les sédiments des concentrations importantes de polluants persistants, comme les PCB. »

Voyez-vous une vraie coopération entre la France et la Suisse sur la Versoix ?
« Au niveau des ONG environnementales, oui : on est en étroite collaboration avec les pêcheurs de Divonne. Au niveau de l’État, on est parfois associés à des informations, mais on n’a pas grand-chose à dire. On a connu une période plus active, à l’époque des Contrats-Rivières du Pays de Gex. Aujourd’hui, c’est plus distendu. »

Comment résumeriez-vous le rôle des pêcheurs aujourd’hui ?
« Il y a cinquante ans, les pêcheurs étaient des chasseurs-cueilleurs. On est devenus ensuite des sentinelles des cours d’eau, des gens qui observent et qui alertent les autorités. Aujourd’hui, on est devenus des lanceurs d’alerte. À Genève, 2025 a été une année noire : il ne se passe pas une séance de la commission de la pêche sans qu’on évoque des problématiques de pollution. »

Entretien paru dans TéléVersoix Magazine n°34, juin 2026.