Verbatim : l’allocution du vice-président du Conseil municipal de Versoix, démissionnaire

Après l’annonce de sa démission lors du Conseil municipal du 9 mars dernier, Michel Zimmermann, vice-président de cette assemblée, s’est adressé aux Conseillers municipaux de Versoix et au public. Voici le texte de cette allocution.

Michel Zimmermann,

Monsieur le Président, Madame et Messieurs les Conseillers administratifs, chères et chers Collègues du Conseil municipal,

Comme vient de vous en informer le Président de notre Conseil, j’ai décidé de démissionner de ma fonction de Conseiller municipal et, croyez‐moi, cette décision n’a pas été facile à prendre.

L’alternative qui se posait à moi était de rester, et de faire tapisserie jusqu’à l’installation du Conseil municipal nouvellement élu, ou de partir en apportant un éclairage circonstancié et politique à mon départ. Plus proche de mes convictions et de mon engagement socialiste, c’est ce second terme de l’alternative que j’ai choisi de privilégier.

Je m’en explique :

Il  ne vous aura pas échappé, chères et chers Collègues, que mon nom ne figure pas sur la liste PS des élections municipales en cours. Or, et je tiens à le préciser, mon absence de la liste PS à l’élection au Conseil municipal de Versoix ne relève pas de mon choix. Bien au contraire. Elle m’a été imposée par la volonté d’une majorité de six, emmenée par Madame la Conseillère administrative Enhas, et son mari, contre trois, pour, opportunément, empêcher le conseiller municipal Zimmermann de se présenter une seconde fois au suffrage des citoyennes et citoyens de notre chère commune.

Cela dit, et indépendamment du fait qu’il est peu banal, vous me l’accorderez, qu’un élu sortant, qui plus est, membre de la direction cantonale de son parti, soit empêché de se présenter à sa réélection, et encore moins banal, dans les rangs du PS, d’écarter de la vie politique le représentant d’une de ses composantes (l’aile gauche), permettez-moi de m’arrêter un instant sur quelques unes  des raisons, plus ou moins sérieuses, qui m’ont valu de me faire exclure de la liste PS de Versoix. 

La première, grotesque et irrationnelle, est liée à mon élection au Bureau de ce Conseil. Chacune et chacun d’entre vous s’en souvient : Monsieur Enhas, pressenti pour la fonction, voulait, selon l’expression consacrée « y monter », la majorité du Conseil a tenté de l’en dissuader, conflit d’intérêts oblige, et, commettant une erreur, que je reconnais volontiers, je m’y suis imprudemment laissé élire à sa place. Que n’ai-je fait ! À ce moment-là, en mai 2018, je n’avais encore aucune idée de la portée pathologique du « syndrome d’Isnogoude ». Funeste lacune ! En effet, mon élection m’a valu une inimitié sans bornes de la part du couple Enhas, laquelle inimitié a concomitamment conduit au refus de toute discussion politique au sein du groupe. Il eut mille fois mieux valu, quitte à laisser passer le tour des socialistes au Bureau, que je me préserve en refusant cette élection. Pathétique !

La seconde raison, beaucoup plus sérieuse, porte sur les contours et le contenu de mes convictions et engagements politiques. En 2015, j’ai profilé ma candidature sur, je cite, « la défense des services publics, en général, et des services publics de proximité, en particulier », autrement dit : contre les privatisations. Pouvais-je dès lors m’associer à la majorité des Socialistes de Versoix pour soutenir et voter avec eux « la privatisation et l’externalisation de la gestion des parkings communaux » ? Non, conformément à mes convictions et respectueux des engagements pris devant les citoyennes et citoyens de Versoix, je ne pouvais pas.

Pire encore, pouvais-je m’exécuter, lorsque le nouveau président de la section PS de Versoix, Monsieur Antoine Droin (l’aile droitière et carriériste du PS), m’a transmis, sur la demande express de Madame Enhas, un courrier (que je conserve précieusement) me mettant en demeure de retirer mon soutien au projet de création de 24 nouvelles places de crèche. Non, je ne pouvais pas ! Je ne pouvais d’autant pas, qu’au compte du Conseil de fondation pour la petite enfance, j’étais, avec d’autres, l’un des porteurs de ce projet, et l’un des auteurs de la motion.

Sur ce point, ô combien important, il convient, surtout à l’attention de l’électorat versoisien en cette période cruciale de la vie politique communale, de rappeler que jusqu’à l’avant-veille de l’adoption de ce projet de nouvelles places de crèche par le Conseil municipal, Madame Enhas, et, plus grave encore, la majorité du groupe socialiste, en étaient les plus farouches et acharnés opposants.

Ironie du sort, ceux-là mêmes qui m’ont exclu de la liste PS pour cause de manque de collégialité, notamment dans mon refus de combattre la création de nouvelles places de crèche, font aujourd’hui de la création de ces nouvelles places de crèche l’argument premier de leur campagne électorale. Pitoyable récupération !  

Tout cela, chères et chers Collègues du Conseil municipal, de votre place, installés aux premières loges, vous le saviez déjà. Maintenant, si j’ai pris sur moi de le rappeler, c’est pour apporter publiquement un contenu à ma démission et dénoncer – nous sommes en politique – le virage à droite-toute opéré par cette majorité des Socialistes de Versoix qui, en me déniant le droit de participer à l’élection municipale, prive aussi les citoyennes et citoyens de notre commune de la possibilité de se prononcer sur le bienfondé, ou non, du maintien dans ce Conseil, d’un socialiste qui, dans les limites du possible, entend faire de ses principes et de ses engagements de campagne le fil rouge de son action politique.

Enfin, et pour conclure sur une note positive, je ne voudrais pas m’en aller sans remercier chaleureusement toutes celles et ceux, membres de ce Conseil, avec lesquels, et grâce auxquels, j’ai vécu une très enrichissante et très édifiante expérience de vie. Je pense tout particulièrement à quelques chers adversaires politiques (ils et elles se reconnaîtront) avec lesquels la libre discussion et de fructueux échanges nous auront permis de bâtir, si ce n’est des ponts, du moins quelques jolies passerelles.

Pour finir, et si le Président y consent, je prendrai une toute dernière fois la parole, ici, au point des divers.

Merci 

A voir également: https://televersoix.ch/le-torchon-brule-au-ps-de-versoix/