Port-Choiseul, 1969 : quand Versoix apprenait à naviguer à ses enfants

Un reportage de la RTS, tourné en 1969 sur les rives du lac Léman, offre un document rare sur les camps de voile de l’État de Genève. une plongée dans un Versoix disparu.

L’image est en noir et blanc, les voix portent les accents d’une époque. Sur la grève de Port-Choiseul, à Versoix, des adolescents s’affairent autour de petits voiliers blancs. Nous sommes en été 1969. La Télévision Suisse Romande a dépêché une équipe sur place pour immortaliser le quotidien d’un camp de voile pas tout à fait comme les autres.

«Notre but, la prolifération de la voile.»

Ce que montre ce reportage n’est pas une expérience naissante. Les camps de voile de Port-Choiseul sont, en 1969, organisés depuis cinq ans déjà par le Service des loisirs de l’État de Genève. Chaque été, quatre sessions de quinze jours se succèdent, accueillant des filles et des garçons dès 13 ans. La formule a manifestement fait ses preuves: les inscriptions étaient déjà toutes pourvues avant même l’ouverture officielle des demandes. Des candidats ont dû être refusés.

Le Vaurien, maître des lieux

L’ambition déclarée des responsables est claire : «Notre but, c’est d’arriver à une prolifération de la voile.» Pas un camp de vacances déguisé, donc, mais une véritable école de voile accessible au plus grand nombre.

L’embarcation reine de Port-Choiseul est le Vaurien, monotype conçu en 1952 pour les élèves du Centre nautique des Glénans, en France. Léger (85 kilogrammes), compact (environ quatre mètres de long, 1,47 mètre de large), doté de huit mètres carrés de voilure, il est idéal pour l’apprentissage. 

Une quinzaine de ces bateaux sont mis à disposition des stagiaires.

La caméra capte les séances de théorie au tableau noir, l’explication patiente des manœuvres — comment abattre, border le foc, venir se placer pointe aux airs — et les débats animés entre moniteurs et jeunes apprentis sur les procédures à respecter avant la mise à l’eau. 

La sécurité, une priorité affichée

Le reportage détaille avec précision le rythme de la journée. Lever, petit-déjeuner collectif, puis théorie. Vers 9h30, départ sur les bateaux jusqu’à midi. L’après-midi, nouvelle session en mer de 14h à 18h. 

Entre les navigations : corvées de cuisine, épluchage de pommes de terre, vaisselle, apprentissage des nœuds, entretien des coques. Le soir, soirées libres ou cinéma.

Le port du gilet de sauvetage est obligatoire pour tous, stagiaires comme moniteurs, par n’importe quel temps. Un poste de surveillance permanent — le «quart» — surveille les bateaux depuis la rive, équipé de signaux visuels à boules jaunes pour communiquer avec les équipages en mer. Un bateau à moteur est prêt à intervenir en cas de chavirage.

Chavirage

Le reportage suit justement l’un de ces incidents : un jeune garçon chavire pour la première fois. Recueilli sans tarder par les secours, il témoigne avec sang-froid : «Au moment du chavirage, ça fait un peu la trouille… mais ça va.» Il se souvient de la procédure: affaler les voiles, monter sur la quille pour redresser. «Et ensuite ? — Ensuite on repart.»

Les moniteurs parlent de vocation autant que de métier. Ils évoquent «ceux qui mouillent vraiment» pour la voile, les jeunes qui arrivent «bourrés de théories mais sans occasion de pratiquer», et leur satisfaction quand toute la classe parvient à naviguer en ligne de file.

Au-delà de la voile, ce reportage constitue un document historique et visuel sur Port-Choiseul tel qu’il était en 1969.

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