lundi, mai 27, 2024

"Certains attendent le chaos pour prendre les mesures nécessaires" 

Vincent Zeder est membre d’Exctinction Rébellion, mouvement international de désobéissance civile en lutte contre l’effondrement écologique et le dérèglement climatique. Le Versoisien parle des conséquences du dérèglement climatique qui sont autant de déclencheurs de guerres et les moyens qu’il faudrait mettre en place pour s’en sortir. Il s’exprime également sur la ville, qu’il faut repenser, et évoque des projets locaux avec le groupe “Climat Versoix et Région”

Vincent Zeder.

 

Avec l’été caniculaire, le sujet du réchauffement climatique est très présent dans les médias. Avez-vous pour autant l’impression que les politiques prennent la pleine mesure de la situation ?
Vincent Zeder : « Toujours pas. Je n’ai trouvé aucun changement dans les discours des partis. Certains politiques placent toujours au même niveau le climat et d’autres sujets, certes importants, mais qui eux ne remettent pas en cause la survie de l’humanité. J’ai l’impression qu’ils attendent le chaos pour prendre les mesures nécessaires que nous devrons prendre tôt ou tard. Plus on attend, plus ces mesures seront radicales, inégales et autoritaires. »

 

 

 

 

 

 

La hausse des prix de l’énergie inquiète, celle des matières premières également, avec la guerre engagée par la Russie« 
Le rôle de la guerre ainsi que les tensions avec l’Union Européenne n’est pas négligeable. Mais le dérèglement climatique est également responsable de cette situation avec les sécheresses ou encore les inondations qui se multiplient dans le monde. Cela limite nos ressources et c’est un déclencheur de guerres. Si on n’agit pas maintenant, ces situations vont se multiplier. Si la transition énergétique avait été mise en place ces trente dernières années, nous n’aurions pas de problème de gaz et de pétrole. »

 

 

 

La prise de conscience concernant le dérèglement climatique gagne du terrain. En cela, les épisodes caniculaires sont vos meilleurs ambassadeurs 
« Oui, Lorsque les gens sont confrontés à des évènements concrets et perturbant, ils ont envie d’agir. Les mentalités évoluent, mais pas encore suffisamment pour passer à l’action. Le problème du réchauffement climatique est très complexe et il n’est pas évident de connaître les causes et les solutions. Or, nous devons nous habituer à changer notre façon de voir le monde pour agir sur celui-ci. »

 

 

 

Vous plébiscitez le changement du modèle économique et social. Qu’entendez-vous par là ?
« Au vu de l’ampleur et de l’urgence de la situation, c’est la seule manière de s’en sortir. Extinction Rebellion demande que les solutions soient trouvées démocratiquement par des Assemblées Citoyennes. Il ne revendique par un modèle à appliquer. En tant que personne, je pense que nous devons mettre sur pied une économie de la sobriété et produire uniquement ce dont nous avons besoin. Ce système doit respecter les conditions climatiques et les ressources planétaires afin de nous permettre d’avoir un mode de vie durable. Il faut se questionner sur nos actes et sur le partage. Cela passe par des actions au quotidien, par exemple partager les objets pour en produire moins. Cela signifie également un réel développement des transports publics et de la mobilité douce. C’est aussi repenser notre régime alimentaire avec peu ou aucune viande. Cela nécessite, de fait, une transformation de l’agriculture. 

 

 

Il ne faut pas sous-estimer les actions individuelles. En Suisse, on estime que chaque individu peut réduire de moitié ses émissions de carbone. Il s’agit d’une moyenne, notre marge de manœuvre est, en effet, différente selon que l’on soit riche ou pauvre.

 

 

Le travail est également un levier important où l’on peut influer sur son collègue, sa hiérarchie, son entreprise. La société nous renvoie régulièrement une image de consommateur, mais nous sommes également des acteurs. »

 

Faut-il, selon vous repenser la ville ?

« C’est évident. Il faut par exemple remplacer le béton par de la végétation afin de diminuer des îlots de chaleur. La végétation est également bonne pour la santé physique et mentale, des études le prouvent. Cela permet aussi d’absorber l’eau des pluies. 
Il y a également un aspect d’inégalités sociales. Les quartiers les plus pauvres sont aussi toujours les plus bétonnés, alors que les plus aisés vivent dans des lieux plus végétalisés. Débétonner nécessite également de repenser la place de la voiture. »

 

 

 

Allez-vous continuer à pratiquer la désobéissance civile comme le fait Extension Rébellion ?
« Oui. Mais je ne le ferai pas de gaieté de cœur. Nous sommes en train de repenser notre stratégie avec Extension rébellion Genève. Après deux ans de pandémie, les grandes actions ont été moins nombreuses, mais nous allons en réaliser de nouvelles, auxquelles je vais participer. »

 

 

 

Le vendredi 3 juin, la justice genevoise a acquitté les activistes dExtinction Rébellion, accusés davoir perturbé le trafic routier, au motif que le droit de réunion pacifique prévaut en pareil cas sur la gêne occasionnée. Vous devez être ravi.
« C’est une excellente nouvelle. Le canton n’a pas fait recours,  il y a donc une jurisprudence qui nous permet de renouveler cette opération dans la même configuration. Le jugement reconnait la gravité de la situation et les droits fondamentaux. Toutefois il ne s’agissait pas d’un chèque en blanc, nous avons manifesté avec certaines précautions qui légitimes nos actions.

 

 

 

 

 

 

A Versoix, vous avez créé avec Dylan Pouilly « Groupe Climat Versoix & Région ». Vous êtes actuellement une dizaine, c’est peu pour agir.

 « Il faut bien commencer et cela n’empêche pas d’avoir des projets. A commencer par mieux faire connaître à Versoix, Genthod, Bellevue et Collex les organisations qui agissent pour la transition écologique en développant une carte réseau. C’est en se rassemblant qu’on devient plus fort. 

Nous voudrions également proposer que la prochaine édition du Festichoc soit placée sous le signe de la transition écologique ainsi qu’organiser une journée/festival de la transition écologique au marché de Versoix. 

 
 
 

Exctinction Rébellion

Selon l’encyclopédie libre Wikipédia, Extinction Rébellion souvent abrégé en XR, « est un mouvement social écologiste international qui revendique l’usage de la désobéissance civile non violente afin d’inciter les gouvernements à agir dans le but d’éviter les point de basculements dans le système climatique, la perte de la biodiversité et le risque d’effondrement social et écologique.”

Sur leur site Suisse, les membres de XR précisent : « Nous faisons face à une urgence mondiale sans précédent. Les scientifiques nous avertissent que nous sommes en train de franchir des seuils de non-retour concernant le dérèglement du climat et la destruction de la biodiversité, ce qui rendra inévitablement notre planète inhabitable.

Les gouvernements ont échoué à nous protéger malgré les solutions connues et préconisées. La lutte pour la vie demande tous nos efforts. C’est pourquoi nous vous appelons à rejoindre notre mouvement de désobéissance civile de masse. Rebellons-nous pour préserver ce qui rend notre existence possible! »

 

 

XR a trois revendications :

  1. Le gouvernement doit dire la vérité sur le caractère mortel de notre situation, il doit déclarer l’état d’urgence pour le climat et la biodiversité, il doit inverser toutes les politiques qui ne sont pas cohérentes avec cet état de fait, et doit travailler de concert avec les médias pour communiquer l’urgence du changement, y compris ce que les personnes et les collectivités doivent faire.
  2. Les émissions de gaz à effet de serre de tous les secteurs doivent être réduites à zéro d’ici 2025 et le dépassement écologique inversé par une mobilisation d’urgence massive. Les nouveaux objectifs de la société doivent être de restaurer rapidement un climat plus sûr et une protection maximale de toutes les personnes et de toutes les espèces, surtout les plus vulnérables.
  3. Des assemblées citoyennes locales, cantonales, nationales et internationales fondées sur des formes plus robustes de démocratie participative doivent être instaurées pour déterminer comment les deux objectifs ci-dessus seront réalisés dans leurs contextes particuliers, en accordant la priorité aux besoins des personnes et des espèces les plus affectées par la crise écologique et en s’assurant que la Déclaration universelle des droits de l’homme soit respectée.

     

     

*Le tirage au sort en est un exemple. Avec un tirage au sort les membres de l’assemblée sont choisis au hasard parmi la population afin de refléter la diversité des membres ordinaires de la société civile de sorte que les forces anti-démocratiques ne puissent pas s’y immiscer comme dans le cas d’élections.

 

Informations tirées du site internet de XR.

 Site internet : https://www.xrebellion.ch/fr/