“Le football féminin a trouvé sa place, reste maintenant à la consolider”

Responsable de la section féminine du FC Versoix, Patricia Hornung revient sur l’évolution du regard porté sur le football féminin, le long chemin parcouru depuis son enfance, les difficultés à fidéliser les joueuses et les conditions nécessaires pour structurer durablement la section à Versoix.

Patricia Hornung a grandi avec le football. «Petite déjà, je passais mes week-ends autour des terrains de foot genevois», raconte-t-elle. Les terrains genevois, les tribunes et l’ambiance des stades font partie de son univers depuis l’enfance, à une époque où le football féminin était largement absent de l’espace public. «Quand j’étais jeune, le foot, c’était clairement un monde d’hommes».

Elle se souvient surtout du regard porté sur les femmes qui s’intéressaient à ce sport. «Il y avait de la condescendance. Ce n’était pas violent, mais on ne prenait pas ça au sérieux». Avec le temps, ce regard a évolué, sans pour autant disparaître complètement.

Ici, Mohammad Shamah et Patricia Hornung tiennent le trophée de la Coupe féminine genevoise, remportée par la section FF15 du FC Versoix lors de la saison 2024–2025.

Elle le constate encore en 2015 quand elle s’engage dans la création de la section féminine du FC Versoix, un projet lancé à l’initiative de Simon Pidancet, alors président du club. Si le football féminin commence alors à gagner en visibilité, certaines représentations restent encore marquées par des réflexes hérités du passé.

Patricia Hornung s’implique durant plusieurs années au sein du comité du club pour accompagner le développement de la section féminine. Après cette période d’engagement, elle fait une pause. Elle revient fin 2024, il ne reste alors que trois équipes, alors qu’elle avait quitté la section à huit. Avec l’euro qui arrive, elle trouve que c’est le bon moment pour relancer la section : «Avec Simon nous avons trouvé un parrain (Eric Sévrac) pour relancer l’intérêt des filles, puis de nouveaux entraineurs pour renforcer l’équipe en place, qui se donnait à 200% pour faire avancer le groupe dans des conditions pas pas faciles».

«On ne s’ennuie pas devant un match de foot féminin».

Pour elle, l’évolution de ce sport ne s’est jamais faite par rupture. «Ce n’est pas arrivé du jour au lendemain. C’est un long chemin». Elle observe toutefois un changement réel du regard du public. «Les gens regardent davantage. Ils se rendent compte qu’on ne s’ennuie pas devant un match de foot féminin».

Certains moments symboliques illustrent cette évolution. Patricia Hornung évoque les entrées de matchs réalisées par les jeunes joueuses du FC Versoix lors de rencontres de haut niveau. «Elles sont entrées sur le terrain avec les joueuses, notamment à la Praille». Un souvenir marquant. «Elles avaient des étoiles dans les yeux».

Sur le plan sportif, elle observe également un changement chez les joueuses. «Avant, beaucoup faisaient du foot uniquement pour le loisir. Aujourd’hui, certaines commencent à se dire qu’elles peuvent peut-être aller plus loin». La visibilité accrue du football féminin rend ces perspectives plus concrètes.

Le développement reste toutefois fragile. «Ce n’est pas toujours facile de garder les joueuses». Elle évoque notamment les départs après la maturité. «Beaucoup partent ensuite poursuivre leurs études, parfois à l’étranger. Les effectifs sont donc plus instables que chez les garçons». Une situation qui pourrait évoluer avec une base de joueuses plus locales et une structuration renforcée.

Parmi les moments marquants chez les féminines, les jeunes joueuses du FC Versoix sont entrées sur le terrain aux côtés des joueuses lors de rencontres de haut niveau, notamment à la Praille.

À Versoix, la section féminine est aujourd’hui en phase de reconstruction. Elle compte pour le deuxième tour les équipes suivantes: une FF11, une FF14, une FF17 auxquelles s’ajoute une équipe de 4e ligue afin d’assurer une continuité après les catégories juniors. «Après les FF17, il n’y avait rien. Il fallait créer une suite. Nous sommes sur la bonne voie et la section se trouve entre de bonnes mains. Nous avons un directeur sportif uniquement dédié à nos quatre équipes de filles en la personne de Sam Saussan, jeune entraineur très investi dans son rôle de responsable et entouré d’entraineur/es de qualité».

«Avec l’ancienne législature, il y avait beaucoup de soutien dans le discours, mais derrière, il n’y avait rien de concret».

Patricia Hornung insiste sur la nécessité d’un développement mesuré. «Ça ne sert à rien d’avoir trop d’équipes si on n’a pas les infrastructures pour suivre». Le club reste limité par le manque de terrains, de vestiaires et d’espaces d’entraînement, des contraintes partagées avec les équipes masculines et, plus largement, avec de nombreux clubs genevois.

La question des infrastructures reste centrale dans la relation avec la commune. «Avec l’ancienne législature, ce n’était pas simple», explique-t-elle. «Il y avait beaucoup de soutien dans le discours, mais derrière, il n’y avait rien de concret». Terrains insuffisants, manque de vestiaires et absence de salles adaptées pour l’hiver ont freiné le développement de la section féminine. Elle espère aujourd’hui une nouvelle dynamique avec les autorités actuelles, estimant que l’évolution du football féminin mérite désormais un accompagnement plus tangible.

Elle rappelle enfin que le football ne se limite pas à la compétition. «Le foot, c’est aussi de l’encadrement, un cadre pour les jeunes». Des projets mêlant sport et accompagnement éducatif ont été envisagés par le passé, sans pouvoir aboutir faute de moyens adaptés.

Sur le plan de la formation, la philosophie reste ouverte. Les joueuses présentant un potentiel particulier sont encouragées à évoluer vers des structures plus compétitives, notamment grâce à des partenariats avec d’autres clubs genevois, avec la possibilité de revenir ensuite au FC Versoix. (Nous sommes un des clubs partenaires pour les juniores du Servette Football Club Chênois Féminin)».

Après des années de changements progressifs, Patricia Hornung dresse un constat positif : «Le football féminin a trouvé sa place.» Le principal enjeu reste désormais sa consolidation à long terme, à Versoix comme ailleurs.

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