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À Versoix, une caisse d’alimentation veut sortir le bien-manger du privilège

Le 2 septembre, la Caisse genevoise de l’alimentation (Calim) présentait son projet à la salle du Charron, à Versoix.

Le principe tient en une phrase. Chaque membre verse une cotisation mensuelle qu’il détermine lui-même en fonction de ses revenus, à partir d’un plancher de 20 francs et sans plafond. En retour, tous reçoivent le même crédit : 150 « radis », une monnaie interne où un radis vaut un franc, à dépenser dans des épiceries, fermes, boulangeries ou marchés validés par les membres eux-mêmes. Aucun justificatif de revenu n’est demandé.

L’histoire commence en mars 2024, quand des habitants de Meyrin et des Pâquis se réunissent en «comités citoyens de l’alimentation» pour réfléchir au système agroalimentaire. La caisse elle-même fonctionne depuis octobre 2025. Son assemblée générale constitutive s’est tenue le 2 mai 2026.

Début septembre, la Calim comptait 440 membres et émettait chaque mois plus de 62 000 radis. Environ 400 personnes figuraient sur la liste d’attente. Le réseau réunissait 28 structures conventionnées représentant plus de 50 points de vente dans le canton. La caisse est soutenue par les communes de Meyrin et de Genève à hauteur de 300 000 francs.

Deux membres du projet, présentes au Charron, ont répondu à nos questions : Raluca Hartu, bénévole et membre du comité citoyen depuis les débuts, et Esther Um, membre du comité de la caisse et conseillère municipale Verte à Meyrin — l’une des deux communes qui financent le projet.

Qu’est-ce que la Calim, en une phrase ?

Esther Um : «C’est un concept très novateur qui essaie de faire en sorte que l’alimentation saine et durable ne soit pas réservée aux riches, mais soit accessible à tout le monde.»

Concrètement, que verse-t-on et que reçoit-on ?

E. U. : «On propose une grille aux personnes qui s’inscrivent, en les laissant se situer par rapport à leurs revenus. Le seuil est de 20 francs, il n’y a pas de plafond. Mais la personne qui a mis 1000 francs et moi qui ai mis 20 francs, nous recevons chacune 150 radis.»

Que peut-on acheter avec ?

Raluca Hartu : «Des produits d’alimentation locale. L’alcool est exclu, c’est une ligne rouge, tout comme les produits hors-sol. Sinon, les légumes, les produits laitiers, la viande — tout ce qu’on pourrait acheter ailleurs, mais cette fois acheté aux paysans, parce que l’un des buts est de soutenir le tissu local.»

C’est aussi une manière de s’attaquer à la malbouffe ?

R. H. : «C’est un des engagements des membres : qu’ils cuisinent l’aliment brut, qu’ils réapprennent à cuisiner et qu’ils partagent des repas ensemble, dans le but de changer la manière de se nourrir face au système alimentaire industrialisé.»

Qui choisit les commerces où les radis sont acceptés ?

R. H. : «Ce sont plutôt les habitants qui suggèrent ces lieux. Le comité citoyen se répartit ensuite en délégations qui vont visiter les structures et les évaluer selon une grille de critères décidée par le comité. Les délégations font un retour en plénière, puis il y a un vote. Toutes les structures conventionnées doivent passer le vote des citoyens.»

E. U. : «L’idée est vraiment d’embarquer tout le monde dans le mouvement. On regarde où en sont les structures sur les questions environnementales, sociales, économiques, et quelles sont leurs ambitions pour la suite. On rencontre très souvent des producteurs qui n’arrivent pas à se verser un salaire, alors qu’ils paient leurs employés. Pour nous, ce sont des situations qui doivent évoluer.»

Pourquoi Versoix ?

R. H. : «Je vois un potentiel au niveau des structures agricoles. Versoix et ses communes avoisinantes ont au moins trois ou quatre grandes fermes, et un pêcheur qui pratique encore la pêche artisanale en circuit court, ce qui est un critère très important pour notre projet. En même temps, à Versoix, un segment de la population reste précaire et n’a pas accès aujourd’hui aux produits locaux, les produits bio étant plus chers.»

On entend parler d’une liste d’attente. Le projet est-il saturé ?

E. U. : «Je n’aimerais pas utiliser le mot bloqué. Nous comptons aujourd’hui 440 membres et environ 400 personnes attendent de pouvoir entrer. Mais quelqu’un qui donne 150 reçoit 150 : on est à l’équilibre. Les nouveaux membres qui cotisent 150 francs ou plus peuvent donc entrer directement, sans passer par la liste d’attente. Cela permet aussi d’accueillir des personnes qui ne peuvent pas atteindre cette somme.»

Le producteur touche-t-il un franc pour un radis, ou une commission est-elle prélevée ?

E. U. : «Actuellement, c’est un franc pour un franc. Mais nous sommes dans une grande réflexion sur cette question, parce que les agriculteurs ne gagnent même pas le salaire minimum. Si on fait produire plus à des personnes qui restent dans les mêmes situations de galère, on n’a rien changé. Pourquoi ne pas envisager que, pour un radis versé, un paysan reçoive plus d’un franc ? Le comité n’a pas encore tranché, mais clairement, on veut bouger les lignes.»

Qu’est-ce que cet engagement vous a appris ?

R. H. : «C’est la pratique d’un exercice démocratique très concret. Apprendre en visitant ces fermes, connaître les défis et les réalités, et tisser des liens avec des gens avec lesquels on n’aurait jamais partagé un repas. Nous venons de cultures et de perspectives différentes, et très peu d’entre nous viennent du milieu agricole. Cette prise de conscience est importante pour la société plus juste et solidaire qu’on veut co-construire.»

Pour tout renseignement : caisse@calim-ge.ch